vendredi 26 novembre 2010

L' homme erre


Ulysse, que les mers de lourds fardeaux allègent,
Séduit par Calypso mais fascinant Circé,
D' âpres imprécations non content de forcer,
Cesse de déjouer les divins sortilèges.

Tu es l' homme rusé, nous te devons patience,
Roué à l'art de plaire d' un Casanova,
Tu restes le motif du noble canevas
Qui renaît chaque jour ébloui de ta science.

Si tu as parcouru des îles interlopes,
Si tu as survécu à Charybde et scylla,
Si malgré la tempête où ton mat oscilla
Tu as su dominer le pire des cyclopes;

Sache que ton aura ici se développe,
De tant de faits glorieux Ithaque se repaît,
Ta terre est ton berceau, c' est ton hâvre de paix,
Où vibrante t' attend la sage Pénélope.

Crane:les chevaux de Neptune.


mercredi 17 novembre 2010

là tout n' est qu' ordre et beauté




michel ange séparation des eaux et de la terre

Merci,Fred, pour cette jolie trouvaille, les compositeurs français sont méconnus et ces oeuvres d' art façonnés par un divin hasard donnent des envies d'avoir des ailes!

Ascension


Nous ne finirons pas sculptés dans la poussière,
Golems de Pompeï, pétrifiés en gisants,
Calcinés par la foudre en un éclair luisant
La main couvrant nos yeux aveuglés de lumière.

Nous ne finirons pas emmurés dans la terre,
Bercés des requiems d' officiants solennels,
Nos stèles constellées de regrets éternels,
Nos orbites scrutant le néant qui attère.

Nous ne finirons pas noyés dans les eaux troubles,
Fanions décolorés d' un esquif naufragé,
Les crabes n' auront pas nos restes outragés,
A l' heure où la tempête de fureur redouble.

Ta tendresse sera le solide radeau,
Où viendra s' amarrer, brisée mon âme fière,
Ta tendresse sera comme une montgolfière,
Que le vent poussera vers les Eldorados.

Là nous n' écouterons que le chant essentiel
Que murmure au couchant le monde apprivoisé,
Au dessus de la mer des étendues boisées,
Sur un sommet si haut, si haut qu' il touche au ciel.

samedi 13 novembre 2010

Coldplay - Trouble

l' émotion des moissons , les moissons d' émotions



Grand jeu d' un âge étrange,
Courtois et médiéval,
Grapiller dans le val
Le bon grain qu' on engrange;

Enrichie de semailles,
Des champs la mosaïques,
Au son des chants laïcs,
Tissée d' or en ses mailles

Embarque pour Cythère
Un glaneur au bras ferme,
Une fille de ferme,
Amoureux de la terre.

La moisson de l' automne
Est une mort de cygne,
Il faut piller la vigne
Avant que ciel ne tonne.

Au soir faire ripaille,
De vin s' emplir la panse,
Ultime récompense,
Se vautrer dans la paille!

Van gogh: le semeur, le soleil

lundi 8 novembre 2010

L' air et le feu


Tu siffleras en vain la valse des bourrasques,
Soulevant les haillons de mon jupon sanglant,
Sifflant les viles salves de jurons cinglants,
Pour à peine effleurer l' or rougi de mon masque.

J'ai beau tenter l' ardeur de braises inutiles
En gerbes d' étincelles afin de te figer,
Mais tes airs arrogants pas même fustigés
De leur dur ouragan sans peine me mutilent.

O vent je suis le feu, de toi je me nourris,
Je consume affamé les rêves dépités,
Ton souffle est le baiser qui me fait crépiter,
Ce baiser sur mes plaies ouvertes qui sourient.

Ta longue haleine un soir de sa langue touchant
La langue de ma flamme enfin cautérisée,
Tes soupirs emmêlés à mes pleurs irisés
Offriront à l' aurore leur soleil couchant.

Georg Grosz: explosion

mardi 2 novembre 2010

Catalane strophe


O Catarinetta bella

La nature amplement prodigua ses largesses,
Sur ton berceau les fées longtemps se sont penchées,
Laissant leur grâce ailée mouvoir ton déhanché,
Gitane qui n' agis pourtant qu' avec sagesse!

Nouvelle Esmeralda éclipsant les Phoebus,
Ton regard lumineux fait rougir bien des astres,
Mais il darde, amusé, dédaigneux des désastres,
L' inextinguible feu d' un mystérieux rébus;

Beau fauve, il n' est pas né, celui qui domptera
Le souple mouvement de tes danses félines,
Qu' il ose à ton balcon sa chanson cristalline,
Sa douce sérénade en vain te tentera;

Il est un seul secret profond comme la tombe
Pour lequel ta main fine enfin pourrait vibrer,
Pour lequel l' aube et l' ombre enfin équilibrées
Pourraient ressusciter la lueur qui succombe,

La lueur de l' espoir.Quel est donc ce secret?
Tu cherches l' alchimie des beautés bicéphales,
Rêves manichéens, pierres philosophales...
Ne le savais- tu pas? C' est en toi qu' ils se créent!

Picasso: femme en costume espagnol