jeudi 29 septembre 2011

A tous les parasites de ma planète


Fussli: le cauchemar



On n' a pas su flairer leurs effluves infectes,
Ni voir leur nuée noire assombrir l' horizon;
Leurs colonies forment des barreaux de prison
D'où l' on ne peut sortir pas plus que d'une secte.

Cette armée s' insinue, prolifère à foison,
Impose sans éclats sa carapace terne,
Vous voilà menacé par ce péril interne,
Condamné à languir sous ce subtil poison.

Ils sont suceurs de sang qui boivent sur vos lèvres,
En vous assourdissant de leurs bourdonnements,
Jetant la confusion même en qui point ne ment,
Chassant l' air des poumons en pesant sur la plèvre.

Viande de ce festin, carcasse du méchoui,
J' attends sur mon autel que l' on me débarrasse
De cette race immonde d' animaux voraces,
A qui je ne dirai qu ' un sempiternel : oui.

Mais je rêve d' affronts, de paroles acides,
D' arènes maculées, de rouges pugilats,
De leur peau violacée d' ecchymoses lilas...
Un jour j' inventerai un bon insecticide.


mercredi 21 septembre 2011

un de ma race


Burne-Jones: Pygmalion et Galatée


A se cogner la tête à des murs sans oreilles,
On devient le tambour que les coups de poing crèvent,
Calebasse évidée, aux échos qui font grève,
Sourde aux voix qui promettent des monts et merveilles.

J' ai cru à des ailleurs, errants de nulle part,
Pour poser mon bagage alourdi de mes pleurs,
Tout là bas, hors du temps, sans frontière et sans heurts,
Vers des mondes meilleurs, vers de nouveaux départs;

J' ai cru à des sauveurs , messies d' anciens secrets,
Qui trop portaient leur croix pour consumer la mienne,
Mais ils ont immolé mon humeur bohémienne,
Nommée sorcellerie par d' austères décrets:

Gavés de certitudes jusqu' à la nausée,
Ils violaient les couleurs de ma toile idéale,
Ils m' assujettissaient et j' étais leur féale,
Pauvre esclave alanguie aux rêves cyanosés.

Vint Toi ,que je croisai jadis en Arcadie,
Tout ton être est la clé, tout ton corps est la porte,
Ta voix sait ranimer mon âme à demi morte,
Pigment pour aviver les teintes affadies.

Ton souffle créateur est une perfusion;
Je suis la Galatée éprise du démiurge,
Ta main me remodèle et ta science me purge,
Façonnant de vraies formes sur mes illusions.


mercredi 14 septembre 2011

Dualité


Fussli: Thor terrassant le serpent


Une nuit où la lune offrait ses formes rondes
Aux esprits tourmentés de soifs inassouvies,
J' entrevis le dessin de ces vagues envies
Blessant le coeur inquiet de leurs magmas qui grondent.

Faudrait-il redorer le choeur des cathédrales,
Payer le prix du sang des chairs déchiquetées,
Rapatrier chez soi les parias rejetés,
Apaiser de sa main l' agonisant qui râle?

Etre une élite ailée auréolée des lueurs
Des aubes embaumées d' un parfum de pardon,
Voir la fleur sommeillant au milieu des chardons
Entrevoir le rayon sous le nuage en sueur.

Mon maladif miroir recouvert de pustules,
Cesse donc de blamer mes lâches échappées,
De dégoûts impuissants je suis la rescapée,
A qui est- ce la faute si je capitule?

Il me faudrait la force des anciens héros
Pour extirper l' ivoire enlisée dans la crasse,
Pour chasser de l' angoisse une emprise rapace
Il faudrait les armées d' antiques généraux.

Alors doit-on aimer le péché qui fascine,
Lasser de faux bonheurs son âme lacérée,
Epuiser sa carcasse aux os dégénérés
Dans les mortels poisons du mal à la racine?

J' abandonne la boue des bouges infamants,
La fuite est une offense au bien que l' on gaspille,
Mon arme de combat désormais je la pille
Au sourire si franc des yeux de mon amant.