vendredi 22 juillet 2011

De mémoire


Picasso: le joueur de guitare




De mémoire tes mains trapues d' aventurier,
Pour moi devenues douces,
Touchaient mes mèches rousses
Comme une âme anoblie dans un coeur roturier.

Ces mains de baroudeur caressant l' instrument
De nos nuits musicales,
Disaient nos vies bancales,
Quand ta guitare avouait ses longs gémissements.

De mémoire tes yeux fouillaient comme un rayon
Le mur de mes ténèbres,
Scrutant les sorts funèbres
Qu' un mage dessina de son obscur crayon.

Ces yeux si transparents que toute ombre fondue
Dissoute en ton iris,
Montait en blanche hybris
Sa neige aux nébuleux nuages confondue.

De mémoire ta bouche était la fleur vivante,
Où je cueillais le fruit
De ton baiser, sans bruit,
Avant de recueillir l' or des phrases savantes.

Ta bouche ce couloir de nos tiroirs secrets,
Mystérieuse contrée,
Où se sont rencontrées,
Nos langues identiques, l' une à l' autre ancrées.

De mémoire un frisson voluptueux me saisit
A l' idée du retour!
Tes palpables contours
Chassent le moindre risque de toute amnésie.


samedi 16 juillet 2011

L' absence


Friedrich: mélancolie




L' absence est cri strident dans une bouche ouverte,
C' est le jour torturé
De vide saturé
S'étirant vers la nuit des lendemains inertes.

C' est le gémissement de la peau orpheline
Sous l' invisible main,
En quête du chemin
Sillonné du dessin de la trace féline.

Une voix modulée, de l' âme le murmure
Diminue puis s' éteint,
Une glace sans tain
Enferme son écho comme sous une armure.

Tu pars, tu es parti et chaque heure est un glas,
Le train du temps déraille
Sonnant les funérailles
De nos rires soleils à briser le verglas.

Ta guitare muette est un meuble inutile,
Son oeil noir de cyclope
Me scrute, Pénélope,
Horloge sans aiguille qui pourtant mutile.

J' ai mal à ton absence.Vers ta chair se tendre.
Hiberner, animal,
Pris d' un sommeil hiémal.
Corps recroquevillé.Ne plus sentir.Attendre.


mercredi 6 juillet 2011

El branqueado plato

A Kathy l' exploratrice passionnée d' algues.




Les eaux gris argenté en un sanglot se fendent;
Des larmes de cristal s' écoulent des glaciers,
Sous la saillie féroce de la proue d' acier
Du nouveau Titanic défiant le Groenland.

Ce drakkar assoiffé de tapisser sa soute
Non des butins sonnants qui dans l' ombre se vendent,
Mais des siences de l' algue unique au Groenland
Est le nouveau viking conquérant les Bouloutes.

Là des aventuriers dont tous les rêves tendent
Vers cette immensité d' un blanc hyperbolique,
D' Ittoqqortoormitt jusqu' à Amassalik,
Traversent les toundras pelées du Groenland.

Leurs yeux sont fascinés par ce Colorado,
Calciné par le gel et recouvert de lande,
L' immaculée taïga, robe du Groenland,
Terre plus inouïe que les Eldorados.

A en perdre la tête, à n' être plus latin,
C' est l' hymne scandinave que leur langue scande,
La féerie celtique règne au Groenland,
Jamais chassée par l' étoile élue du matin.

Les trolls peuvent sauter leur folle sarabande,
L' infini boréal est une longue nuit,
Son reflet est l' iris du regard des inuits,
Fouillant entre deux mers l' horizon du Groenland.

Les voilà épuisés , ils n' ont plus fière allure,
Pauvres aventuriers qui à la fin se rendent,
Terrassés par les vents mordants du Groenland,
Dont les lèvres gercées rient de leurs engelures.

Ils emportent chez eux les contes d' Andersen:
Une reine des neiges aux huskys commande,
Elle sait la magie blanche du Groenland
Et vous enseignera une vie noble et saine.