mardi 9 août 2011

quatrociento



Fuchs: Adam et Eve



Une montée de sève
Venue des âges d'or
Guérit le mauvais sort
Quand le soleil se lève.

Au sortir de la nuit
Dieu que le ciel est beau,
L'ombre fuit en lambeaux
Au sortir de l' ennui.

Orante de l' aurore,
Mains jointes je supplie
Que la joie qui m' emplit
Tout le jour dure encore.

J' attendais qu' on m' emporte
Aux lointaines lueurs,
A l' abri des tueurs
Qui m' ont laissée pour morte.

Ce matin est oracle
D'universel pardon,
Un putréfiant cordon
S' est rompu par miracle.

C' est un repas servi,
Dont l' abondant festin
Fortifie nos destins
Pour savourer la vie.

mercredi 3 août 2011

demain



La danse macabre sert à montrer l' absurdité cynique de notre mort et notre égalité devant elle.



Aux babines la bave et sous la peau la rage,
Traînant le chapelet des heures égrenées,
Bouillant de bile noire en mon coeur gangrené
J' étais un opiomane à bout de son sevrage.

Tes yeux m' ont poursuivie comme l' oeil du caveau,
Jusqu' aux jours de labeur pour épuiser la chair,
Jusqu' aux nuitées, cuitée,Je l'ai payé bien cher
L' oubli de ces yeux là, ces yeux fleurs de pavot.

Les rires sans ta voix rendaient un son odieux,
L' alcool avait un goût de matière fécale,
La danse simulacre se traînait , bancale,
Telle macabre fresque de la Chaise -Dieu.

Pour qu' à nouveau mon sang afflue d' un tournemain,
Que la sève reparte en mon jaune décor,
Pour que soient réunies l' ombre et le pâle corps,
Je n' ai plus qu' à survivre en attendant demain.

vendredi 22 juillet 2011

De mémoire



Picasso: le joueur de guitare


De mémoire tes mains trapues d' aventurier,
Pour moi devenues douces,
Touchaient mes mèches rousses
Comme une âme anoblie dans un coeur roturier.

Ces mains de baroudeur caressant l' instrument
De nos nuits musicales,
Disaient nos vies bancales,
Quand ta guitare avouait ses longs gémissements.

De mémoire tes yeux fouillaient comme un rayon
Le mur de mes ténèbres,
Scrutant les sorts funèbres
Qu' un mage dessina de son obscur crayon.

Ces yeux si transparents que toute ombre fondue
Dissoute en ton iris,
Montait en blanche hybris
Sa neige aux nébuleux nuages confondue.

De mémoire ta bouche était la fleur vivante,
Où je cueillais le fruit
De ton baiser, sans bruit,
Avant de recueillir l' or des phrases savantes.

Ta bouche ce couloir de nos tiroirs secrets,
Mystérieuse contrée,
Où se sont rencontrées,
Nos langues identiques, l' une à l' autre ancrées.

De mémoire un frisson voluptueux me saisit
A l' idée du retour!
Tes palpables contours
Chassent le moindre risque de toute amnésie.


samedi 16 juillet 2011

L' absence



 Friedrich: L'abbaye dans une forêt de chênes.


L' absence est cri strident dans une bouche ouverte,
C' est le jour torturé
De vide saturé
S'étirant vers la nuit des lendemains inertes.

C' est le gémissement de la peau orpheline
Sous l' invisible main,
En quête du chemin
Sillonné du dessin de la trace féline.

Une voix modulée, de l' âme le murmure
Diminue puis s' éteint,
Une glace sans tain
Enferme son écho comme sous une armure.

Tu pars, tu es parti et chaque heure est un glas,
Le train du temps déraille
Sonnant les funérailles
De nos rires soleils à briser le verglas.

Ta guitare muette est un meuble inutile,
Son oeil noir de cyclope
Me scrute, Pénélope,
Horloge sans aiguille qui pourtant mutile.

J' ai mal à ton absence.Vers ta chair se tendre.
Hiberner, animal,
Pris d' un sommeil hiémal.
Corps recroquevillé.Ne plus sentir.Attendre.

mercredi 6 juillet 2011

El branqueado plato

A Kathy l' exploratrice passionnée d' algues

.

 Emmanuel.A.Petersen, Kayaking.


 Les eaux gris argenté en un sanglot se fendent;
Des larmes de cristal s' écoulent des glaciers,
Sous la saillie féroce de la proue d' acier
Du nouveau Titanic défiant le Groenland.

Ce drakkar assoiffé de tapisser sa soute
Non des butins sonnants qui dans l' ombre se vendent,
Mais des siences de l' algue unique au Groenland
Est le nouveau viking conquérant les Bouloutes.

Là des aventuriers dont tous les rêves tendent
Vers cette immensité d' un blanc hyperbolique,
D' Ittoqqortoormitt jusqu' à Amassalik,
Traversent les toundras pelées du Groenland.

Leurs yeux sont fascinés par ce Colorado,
Calciné par le gel et recouvert de lande,
L' immaculée taïga, robe du Groenland,
Terre plus inouïe que les Eldorados.

A en perdre la tête, à n' être plus latin,
C' est l' hymne scandinave que leur langue scande,
La féerie celtique règne au Groenland,
Jamais chassée par l' étoile élue du matin.

Les trolls peuvent sauter leur folle sarabande,
L' infini boréal est une longue nuit,
Son reflet est l' iris du regard des inuits,
Fouillant entre deux mers l' horizon du Groenland.

Les voilà épuisés , ils n' ont plus fière allure,
Pauvres aventuriers qui à la fin se rendent,
Terrassés par les vents mordants du Groenland,
Dont les lèvres gercées rient de leurs engelures.

Ils emportent chez eux les contes d' Andersen:
Une reine des neiges aux huskys commande,
Elle sait la magie blanche du Groenland
Et vous enseignera une vie noble et saine.

vendredi 24 juin 2011

A l' est de Lesbos



Charles Mengin: Sappho



J' ai bu dans vos regard le vénéneux mystère,
Puisant en vos parfums de malsaines extases,
J' ai humé de mes mains sous vos robes de gaze,
Vos cristallines bouches m' ont promis Cythère.

Vous fîtes miroiter les ailes de Pégase,
Transformant les vrais sots en pseudo Prométhées,
A ceux qui vénéraient de rêveries athées
Les grâces ingénues, sous les gestes d' emphase.

La moiteur de vos peaux aux torrides étés
Exhalait les sueurs des reines de sabbat,
Ranimait la fureur d' hérétiques ébats
Que dansent les damnés sur le fleuve Léthé.

Vos plaintes psalmodiées, vos mots redits tout bas,
L' écho les emmêlait alimentant nos faims;
vos fausses tragédies, vos pauvres émois feints,
Nous laissaient entrevoir d' impossibles combats.

Vos chevilles ténues au grain de peau si fin,
Nos nuits les égrenaient en un très long rosaire,
Votre blancheur nacrée d' amantes légendaires
Reflétait l' or fleuri du front des séraphins.

J' ai joui du nectar de vos orgies amères,
Epuisant sous mes doigts vos beautés éphémères,
Fouillant peine perdue en quête de chimères:
Mes déesses sacrées n' étaient que des commères..

Décembre 1986( merci ma Zeta, je ne sais pas ce qui l' a inspiré mais je le trouve amusant!)

mercredi 15 juin 2011

le porteur d ombre



A Vangauguin


Blake: Satan vidant ses tourments sur Hiob

Le diable ne rit pas tout seul en son désert,
Il porte l' âpre croix de sa tristesse immense,
Il lorgne des humains l' irréversible danse,
Plus aride et plus seul que lande de Lozère.

Ses ailes repliées sur ses rictus déments
Sont parfois secouées de ses sulfureux spasmes,
Il sait prendre l' aspect polymorphe des phasmes,
Il triche à la nature , il ment aux éléments,

Car sa beauté suspecte au ciel n' est que du vent,
Tempête brise l' âme, il se meut en bourrasque,
Grimaçant sous la cendre figée de son masque,
Ecumant de fumée, à la lave buvant.

Jadis il m' effleura de sa griffe létale,
Quand presque pétrifiée, j' ai péri sous son pied;
Mais son oeil évidé de m' avoir trop épiée
Fleurit mon mausolée de larmes de pétales.