lundi 14 février 2011

Paris , je te quitte pour un temps.



 Utrillo, Le sacré coeur.



Paris ne rit pas toujours


Le monde se résume en toutes ses façades,
Des verdâtres néons aux flammes des lanternes,
Des verrières de l' arche à la vieille poterne,
des rires de la foire au sang des palissades.

Paris porte son livre ouvert des millénaires,
Roman fleuve chargé des pleurs et des secrets
Que les pigeons confient à ses bateaux ancrés,
Aux reflets des enseignes et des luminaires.

J' ai rêvé de ces nuits où le jour s' éternise,
Des cafés populeux dont l' ethnie fraternise,
De fontaine gloussante et de place en quinconce,

De lampions et de bals dans le soir étésien,
D' airs de jazz échappés des moiteurs d' un caf'conc',
Je crois que j' éprouvais les coeurs des Parisiens. Ecrit le 25 novembre 2009.

dimanche 13 février 2011

val antique...langoureuse saint valentin à tous!



Rossetti:Paolo et Francesca.


Ce n' est pas parce que cette fête paradoxale et controversée ne concerne pas les vieux couples au dessus de ces démonstrations frivoles , les couples anti manipulations commerciales ou les célibataires plus ou moins récents, cochez la bonne réponse, qu on ne va pas se laisser aller à un petit poème sensuel et amoureux dédié à tous les amants qui demain soir s' aimeront pour toute la vie.

C' est un paradis pur que l' auberge des songes,
Où ton parfum chassa bien des vapeurs putrides,
Où ta vigueur calma bien des émois liquides,
De ce rêve éveillé la nostalgie me ronge.

Si mon souffle de lyre t' emprisonna l' âme,
Comme langue fiévreuse d' antique serpent,
Ton murmure a charmé la voûte des tympans
De mon temple effondré, plus pénétrant que lâme.

J' emporte ton baiser dans le secret des tombes,
Flambeau pour éclairer mes cryptes et leurs mythes,
Torche pour dégeler d' opaques stalagmites,
Torrent perlé d' écume défilant en trombe.

Voulais -tu triompher, tu peux chanter victoire:
Cette aube de mes nuits a sonné tous les glas,
J' oscille entre l' éther, la braise et le verglas
Et mes doigts de ta peau se racontent l histoire...

Contre vents et marées aime moi quand bien même,
Courtisane d' un roi avide de plaisirs,
Odalisque effrontée , féale d' un vizir,
Je dusse être enchaînée dans un obscur harem.

Texte écrit le treize février 2011.

mercredi 9 février 2011

Le Minotaure



Soutine, boeuf écorché


Un clin d' Oeil à mon ami Zeta, catalane de feu, qui sait se faire aimer et tenir en respect.Tu m' apprendras?


Son pelage hérissé,fonçant tête baissée,
Le mâle dominant redresse haut le mufle,
Creuse ses flancs, arbore son poitrail de buffle,
Ignorant la détresse des âmes blessées.

Affolé de désir,sifflant, suant, soufflant,
Heureux de sa prouesse, il s' enfle et se pavane;
S' attèle de nouveau, au rodéo ahanne,
Sa violence assouvie, de fierté se gonflant.

Ses victimes pourtant, humbles torréadors,
Animées de la soif d' anciens conquistadors,
Qui amassaient trésors,bijoux, monnaies , merveilles,

Nourrissent l' ambition, sans honte ni remord,
D' ajouter au pastel d' un virginal décor
Un incongru trophée: sa queue et ses oreilles.


samedi 5 février 2011

Partie d' échecs



Fagan.

Petite armée de pions, rangée pour la bataille,
Qu' importe la couleur, vous finirez hors-jeu,
C' est le rôle échu à l' anonyme piétaille:
Se sacrifier aux grands dont on n' est que l' enjeu.

Va l' amble, cavalier, en bonds imprévisibles,
Obstacles surmontés, embuscades tendues,
Epie de l' ennemi les stratégies risibles,
Frappe d' un fier sabot les ruses pourfendues.

Toi, beauté élevée au choeur des tours d' ivoire,
Marche droit sans détours; tes formes épurées
Font reculer la trame des intentions noires,
Va chasser l' adversaire en ta sainte curée.

Fantaisie provocante, arrogance infernale,
Oracle aux intuitions si vraie des fins limiers,
Le fou et son génie détourne en diagonale
L' ordre manichéen du fragile damier.

Qui du roi de la reine ira tôt se coucher?
Lequel tient la partie et qui l' autre protège?
Lequel se crut subtil qui fut vite mouché?
Est- ce un pion qui vaincra quand les lignes s'allègent?

Pas un hors du tracé qui à la vie renaisse?
Pourtant les simulacres ne sont pas inquiets:
De case en case ils vont, eux - mêmes se connaissent...
Si le monde était simple comme un échiquier!

samedi 29 janvier 2011

étoile filante



Van Gogh: Nuit étoilée.

Pourrais- tu me prêter les deux ailes d' Icare?
Mon nocturne ballet éloigné du soleil
Saluerait de la nuit le ténébreux réveil,
O célèste Astérie dardant ton oeil hagard.

Fuyant les univers, que s' envole mon âme,
Vers l' Ourse et le Berger, bestiaires lumineux,
Cherchant de mon destin le dilemne épineux,
J' irai tracer ma voie sur d' aériennes lames.

Etoile, ô mon étoile, apprends- moi à voler,
Ce monde est trop ardu , je renonce à l' entendre,
Offre moi tes mots d' or au langage si tendre...
Tel un cheval ailé, vers toi caracoler!

Et si l' aube embuée me réduisait en cendres,
Que l' on dût m' imputer l' erreur de Prométhée,
Que coulât dans mes veines le fleuve Léthé,
Je souffrirais sans fin mais ne veux pas descendre.

samedi 22 janvier 2011

Folle alliée



Podkowinski: la folie

Aliénés, je vous aime!Entre un morceau d' oreille,
Trophée de peintre fou, ou la plaie de Rimbaud
Infligée par Verlaine;Et le dieu de la treille
Aux orphiques enfants fascinés par le beau...

Sorcière échevelée dansant sur les tombeaux,
Idiot béat du bourg dont la raison sommeille,
Vieillard incohérent,ta mémoire en lambeaux,
Autiste à l' oeil hagard que plus rien ne réveille:

J' entends toutes vos voix,vos blessures sont miennes,
C' est votre sang qui perle à ma plume assombrie;
Portant plus de stigmates que le Saint d' Ombrie,

Vouée par les Titans au feu de la Géhenne,
Déchue du piédestal, mon âme est en exil;
Si quelque allié bien né veut lui offrir asile...


mardi 18 janvier 2011

Pierre de lune



Hutter: la mort épie les amants


Ton visage mélancolique
A donné le torticolis
Aux pauvres amants bucoliques,
Couchés parmi les ancolies.

Un frisson court les floralies,
Bientôt viendra l' aube cynique
Pour dévoiler notre folie!
J' entends son rire sardonique.

Non, la lune est notre complice,
Gardienne de notre secret:
Vois la candeur de son front lisse,
La blancheur de son teint de craie!

De noires stries la lune plissent,
Elle penche un oeil indiscret...
De sa douleur les cieux s' emplissent:
Elle ne veut plus être ancrée,

Seule lumière en la mer d' encre,
Pauvre tête décapitée,
Plantée en l' air comme un gros chancre,
D' anciens amants si dépitée.

Un frisson court les floralies:
N' est ce pas cette fille unique?
Son feu roux est une ordalie,
Son rire est cruelle mimique.

Est-ce une amie à l' âme lisse?
Son halo est un rai sucré,
Sur la nuit des temps elle glisse,
Comme une déïté sacrée.

Lorsque furieuse et agitée,
Elle atteignit les corps fragiles,
Elle fondit en voix lactée,
Et remonta d' un vol agile...