mercredi 29 décembre 2010

La licorne



 Gustave Moreau: les licornes


Les fins d' année rendent nostalgiques, voici mon premier poème écrit à seize ans, en souhaitant qu' il n' était pas prémonitoire!

Les torsades nacrées de ta corne d' albâtre,
Filent dans l' infini des paradis perdus,
Tissent d' or et de jais les univers grisâtres,
Entre abîme et lumière à jamais suspendus.

Précieuse couronne aux cascades d' écume,
Ta corne est un joyau éclairant les tenèbres,
Et l' écrin blanc serti où ton oeil se consume,
Traîne à ses filaments les légendes célèbres.

Les tornades sacrées de tes courses folâtres
Laissent dans les regards d' ineffaçables traces,
Promenades dorées, où tes éclairs blanchâtres
Traversent le hasard de la nocturne masse.

Tel un mortel poison, ta robe est un ciboire,
Où coule le nectar aux charmes enchanteurs;
Les rasades sucrées, ivresses illusoires,
N' ont jamais pu tâcher ton pelage trompeur.

Tu fuis vers l' infini de nos espoirs déçus,
Entre abîme et chimère sur ton piédestal,
Les amoureux impurs que là tu as reçus,
Vont se briser à terre comme le cristal.

samedi 25 décembre 2010

Equinoxe



 Giotto: nativité


Satan crut triompher en son rictus de hyène;
Quel clair - obscur combat en l' être se livrait,
Pour sauver le bon grain en plein coeur de l' ivraie,
Quand l' Aube s' imposait aux ténèbres païennes.

En vain son vil blasphème affreux comme un crachat
Lâcha-t-il au monde une imprécation maudite,
Depuis des décennies la sagesse médite
L' incroyable miracle d' un divin rachat.

L'époque a beau varier, que changent les décors,
Tant pis si les libres penseurs s' en incommodent,
Même si l' air du temps souffle bien d' autres modes,
Je sais que je suis âme avant que d' être corps.


samedi 18 décembre 2010

L' âme erre



Cross: nocturne aux cyprès


C' est dans le clapotis de l' eau crépusculaire
Que vont chanter les voix que le passé oublie,
Un visage estompé dont le reflet faiblit,
Peine à se dessiner sous la nappe stellaire.

A peine as tu quitté le liquide natal,
Par un funeste oracle sans doute escorté,
Qu' un tourbillon funèbre au styx t' a transporté,
Passager clandestin d' un voyage létal.

Dieu que le soir est doux sous les pins parasols,
Le vent bruit sur le sable son triste verbiage,
La mer s'unit au ciel en un précieux alliage,
Et des larmes de lune ont allumé le sol.

Dans l' algue échevelée que la marée émonde,
Dans le frais grain de peau qui teinte l' horizon,
Ton être illimité ne sait pas de prison,
Il habite la plage;elle est son nouveau monde.

samedi 11 décembre 2010

La deuxième moitié platonicienne



 Waterhouse: hylas et les nymphes


A l' heure où j' errerai, fantôme d' opéra,
Comme un ange déchu qui aucun ciel ne souhaite,
J' aimerais balader une osseuse silhouette
Dans d' idylliques lieux où mon coeur espéra.

Je ne hanterai pas de manoir écossais;
Pas même lavandière des bretonnes landes,
Je n' irai pas gémir aux bois de Brocéliande,
Ni grincer dans les meubles où tu t' adossais.

Mais dans tous les musées que nous aimions naguère,
Jaillis d' anciens portraits, mes yeux te hèleront;
Les pans de mon linceul comme des ailerons,
Sillonneront les lacs où nous n' allons plus guère.

Le vent criera mon nom le long des bords de mer
Hors du temps qui brandit sa terrible balance,
Et dans le monastère où s' entend le silence,
Je pleurerai le sort des êtres qui s' aimèrent.

dimanche 5 décembre 2010

Malagueña maldita



Blake: Caïn

La tristesse, en nos os, substantifique moëlle,
Ne cesse de verser sa myéleuse cigüe,
La douleur en point d' orgue est un accent aigu
Qui scande la chanson de la mauvaise étoile.

Serait- ce héréditaire,est- on prédestiné?
Quelque esprit démoniaque au desseins indicibles
Aime-t-il s' amuser avec d' humaines cibles?
Le spectre d' Attila veut- il nous piétiner?

Si l' on ne doit passer qu' un peu de temps sur terre,
Pourquoi l' arbre de vie serait empoisonné,
Dans son Eden désert,en friche, abandonné;
Il faut faire son deuil.Sanglotter et se taire.

Je ne suis ni difforme,infirme ni débile,
Se plaindre dans ce cas peut paraître indécent,
Je brûle cependant du fer incandescent
Qui mutila mon front d' un sceau indélébile.

vendredi 26 novembre 2010

L' homme erre



 Ulysse, que les mers de lourds fardeaux allègent,
Séduit par Calypso mais fascinant Circé,
D' âpres imprécations non content de forcer,
Cesse de déjouer les divins sortilèges.

Tu es l' homme rusé, nous te devons patience,
Roué à l'art de plaire d' un Casanova,
Tu restes le motif du noble canevas
Qui renaît chaque jour ébloui de ta science.

Si tu as parcouru des îles interlopes,
Si tu as survécu à Charybde et scylla,
Si malgré la tempête où ton mat oscilla
Tu as su dominer le pire des cyclopes;

Sache que ton aura ici se développe,
De tant de faits glorieux Ithaque se repaît,
Ta terre est ton berceau, c' est ton hâvre de paix,
Où vibrante t' attend la sage Pénélope.

Crane:les chevaux de Neptune.


mercredi 17 novembre 2010

là tout n' est qu' ordre et beauté


michel ange séparation des eaux et de la terre



Ascension


Nous ne finirons pas sculptés dans la poussière,
Golems de Pompeï, pétrifiés en gisants,
Calcinés par la foudre en un éclair luisant
La main couvrant nos yeux aveuglés de lumière.

Nous ne finirons pas emmurés dans la terre,
Bercés des requiems d' officiants solennels,
Nos stèles constellées de regrets éternels,
Nos orbites scrutant le néant qui attère.

Nous ne finirons pas noyés dans les eaux troubles,
Fanions décolorés d' un esquif naufragé,
Les crabes n' auront pas nos restes outragés,
A l' heure où la tempête de fureur redouble.

Ta tendresse sera le solide radeau,
Où viendra s' amarrer, brisée mon âme fière,
Ta tendresse sera comme une montgolfière,
Que le vent poussera vers les Eldorados.

Là nous n' écouterons que le chant essentiel
Que murmure au couchant le monde apprivoisé,
Au dessus de la mer des étendues boisées,
Sur un sommet si haut, si haut qu' il touche au ciel.