mercredi 15 juin 2011

le porteur d ombre



A Vangauguin


Blake: Satan vidant ses tourments sur Hiob

Le diable ne rit pas tout seul en son désert,
Il porte l' âpre croix de sa tristesse immense,
Il lorgne des humains l' irréversible danse,
Plus aride et plus seul que lande de Lozère.

Ses ailes repliées sur ses rictus déments
Sont parfois secouées de ses sulfureux spasmes,
Il sait prendre l' aspect polymorphe des phasmes,
Il triche à la nature , il ment aux éléments,

Car sa beauté suspecte au ciel n' est que du vent,
Tempête brise l' âme, il se meut en bourrasque,
Grimaçant sous la cendre figée de son masque,
Ecumant de fumée, à la lave buvant.

Jadis il m' effleura de sa griffe létale,
Quand presque pétrifiée, j' ai péri sous son pied;
Mais son oeil évidé de m' avoir trop épiée
Fleurit mon mausolée de larmes de pétales.

samedi 11 juin 2011

Bleue est ta couleur





A Cedric B, orphelin du Liban adopté et père à son tour, et à Virginie qui a accepté sa demande en mariage en Laponie ( rien comme tout le monde, ceux-là!)

Si tu savais , ton père , comme il l' a cherchée,
Sa Virginie de l'West, des enfers à la lune,
D' abîmes d' aube blonde aux blanches nuits de brune,
De chute en pluie chuintante aux soleils haut perchés.

Ses faux noms se fondaient en sombres symphonies,
Points d' interrogation à la question: qui suis-je?
Ou points d' exclamation au cri rageur:qu' y puis-je!
La réponse est restée aurore en Laponie.

Toi qui nais de l' amour entre tes deux parents,
Petite bouche ouverte sur l' envie de vivre,
Enivre toi d' aimer, médite dans les livres,
Mefie toi du poison des trésors apparents;

Ton père est enchanteur, ta mère est magicienne,
Profite du secret des douleurs métissées:
Tu seras dans le temps un métier à tisser
Le drapeau des couleurs de la paix musicienne.

Voici le groupe de l' heureux papa, mon collègue et ami qui est le guitariste blond aux yeux bleus à droite!

samedi 4 juin 2011

Le bonheur n' a qu un oeil car l' amour est borgne




Ferdinand Jens Willumsen


Le bonheur n' a qu' un oeil plus irisé qu' un prisme,
Le deuxième a brûlé d' autodafés soufferts
A défier les magmas des coulées de l' enfer,
Pour rendre à l' horizon la fermeté d' un isthme.

Le bonheur scande un air qui fait sourdre des sources,
Des passés scandaleux aux claires fluidités,
Sa main assourdie d' ondulantes nudités
Poursuit sur sa guitare une inlassable course.

Le bonheur est un rire ourlant le bord des lèvres,
Car tant de cicatrices se sont refermées
Qu' il offre à sa fêlure des fleurs regermées,
Bouquets roses d' éclats de cristal et de fièvre.

Fermes et enfin prêts à affronter tout blâme,
Il murmure à nos peaux les mot que nous aimons,
Avec l' avide ardeur d' un cupide démon,
Le bonheur est baiser qui vient vous braiser l' âme.


samedi 28 mai 2011

J' ai soif



 Mantegna : l' adoration des Mages ( détail)



Boire à tous les torrents, nue sous toute cascade,
M' immerger dans les mers où l'écume a germé
La Venus insondable aux sésames fermés,
Versant son gai savoir aux multiples rasades.

Montagnes livrez moi les secrets des Titans,
Au fer rouge marquant le destin qui se forge,
Plaines nourrissez moi de blé , d' avoine et d' orge
Apprenez moi les maux des humbles habitants.

Vous les airs enflez moi comme aérienne voile,
Afin de parcourir vos livres suspendus
Comme d' anciens jardins où mes lèvres tendues
Aspirent la lumière tombant des étoiles.

Et s' il n' est nulle terre que je sente mienne,
Lassée de tous les goûts que ma langue effleura,
Laminée de vos lits où mon corps se leurra,
Que mon amante ultime, alors, que la mort vienne.

vendredi 27 mai 2011

Vis vibre et vivifie



Draper: la chute d' Icare


A toi Maxence , l' archange des Cordillères

Eblouie aux rayons d' or de ton auréole,
Occupée à lapper en avides lampées
Tes sucs revivifiant mon âme détrempée,
Ressourcée dans les miels de tes mille alvéoles,

J' ai fait la sourde oreille à ton cri silencieux,
Suçant insouciamment ton sang comme un vampire.
Si ta force décroît et que ton mal empire,
Et qu' entre chien et loup tu aspires les cieux,

Pour que l' immensité sans fin te regénère,
Mes mains cherchant ton front pour la fièvre apaiser,
Ma bouche offrant aux nuits son ovale baiser,
Je retiendrai mon souffle et t' offrirai mon air.


lundi 23 mai 2011

Ouf!




Rossetti: Hamlet et Ophélie


Bouillant de sang, à fleur d' appeau, de bain de boue
En bout de banc,givré comme une pluie neigeuse,
Tropical sirocco de mes nuits orageuses,
Ton souffle dionysiaque enfle les blancs bambous.

Mon amant le dieu Pan t' a fourgué tant de fougue
Que ton bouc est babine de fauve enragé,
Mon sud abdominal tant de fois fourragé
Tenté d' abominable a failli faire fugue;

Mais tu m' épanouis de ta sève inouïe;
Gorgée comme un calice ourlé de renoncule,
J' ai ployé à ton souple poids du pédoncule
Succombant sous tes sucs,vidée, évanouie.

Si pour ressusciter il fallait s' en remettre
A médiévale épée du rival du roi Mark,
Yseut voudrait le sceptre arqué du Danemark
Des mains du seul viking qui puisse être son maître.

mardi 17 mai 2011

Merci ma Zeta




Desiderio: église


Aux yeux de M.

Le Temple

Quand bien même j' aurais épuisé tes spectacles,
Et insidieusement forcé ton mausolée,
Même si, un par un, dénudés,isolés,
J' effeuillais les secrets de ton noir tabernacle;

Tu resterais le temple aux parois de cristal,
Lumineux et voilé où vient se recueillir,
Dans un calice d' or l' éternel souvenir,
Qui sent l' herbe mouillée et le bois de santal;

Toutes mes illusions y bercent rassurées,
Comme des nouveaux -nés bien des espoirs douceâtres,
Même la dérision aux masques de théâtre,
Décelée dès le seuil, tombe, dénaturée.

Plus sombre et plus brillant qu' un choeur de cathédrale,
Tu as dans tes trésors et l' ambre et l' or bruni;
Tes étranges lueurs, reflets de l' infini
Y gardent mon fantôme captif de l' opale.

Janvier 1987

Quand je suis entrée au couvent j' ai voulu sacrifier mes poèmes et les ai détruits, ceux écrits entre seize et vingt ans, et mon amie a gardé les manuscrits, qu elle vient de me renvoyer depuis la nuit des temps, lambeaux de jeunesse, ma Zeta, comment as tu pu conserver cela dans tes pérégrinations?
J' ignore qui est M., homme, femme, idée, archange, t' en souviens tu?



Cette vidéo qui m' est envoyée par mon ami Maxence me plaît beaucoup pour la force de sa démesure, en effet , elle est la parfaite illustration de mes réminiscences.Merci!