samedi 11 décembre 2010

La deuxième moitié platonicienne



 Waterhouse: hylas et les nymphes


A l' heure où j' errerai, fantôme d' opéra,
Comme un ange déchu qui aucun ciel ne souhaite,
J' aimerais balader une osseuse silhouette
Dans d' idylliques lieux où mon coeur espéra.

Je ne hanterai pas de manoir écossais;
Pas même lavandière des bretonnes landes,
Je n' irai pas gémir aux bois de Brocéliande,
Ni grincer dans les meubles où tu t' adossais.

Mais dans tous les musées que nous aimions naguère,
Jaillis d' anciens portraits, mes yeux te hèleront;
Les pans de mon linceul comme des ailerons,
Sillonneront les lacs où nous n' allons plus guère.

Le vent criera mon nom le long des bords de mer
Hors du temps qui brandit sa terrible balance,
Et dans le monastère où s' entend le silence,
Je pleurerai le sort des êtres qui s' aimèrent.

dimanche 5 décembre 2010

Malagueña maldita



Blake: Caïn

La tristesse, en nos os, substantifique moëlle,
Ne cesse de verser sa myéleuse cigüe,
La douleur en point d' orgue est un accent aigu
Qui scande la chanson de la mauvaise étoile.

Serait- ce héréditaire,est- on prédestiné?
Quelque esprit démoniaque au desseins indicibles
Aime-t-il s' amuser avec d' humaines cibles?
Le spectre d' Attila veut- il nous piétiner?

Si l' on ne doit passer qu' un peu de temps sur terre,
Pourquoi l' arbre de vie serait empoisonné,
Dans son Eden désert,en friche, abandonné;
Il faut faire son deuil.Sanglotter et se taire.

Je ne suis ni difforme,infirme ni débile,
Se plaindre dans ce cas peut paraître indécent,
Je brûle cependant du fer incandescent
Qui mutila mon front d' un sceau indélébile.

vendredi 26 novembre 2010

L' homme erre



 Ulysse, que les mers de lourds fardeaux allègent,
Séduit par Calypso mais fascinant Circé,
D' âpres imprécations non content de forcer,
Cesse de déjouer les divins sortilèges.

Tu es l' homme rusé, nous te devons patience,
Roué à l'art de plaire d' un Casanova,
Tu restes le motif du noble canevas
Qui renaît chaque jour ébloui de ta science.

Si tu as parcouru des îles interlopes,
Si tu as survécu à Charybde et scylla,
Si malgré la tempête où ton mat oscilla
Tu as su dominer le pire des cyclopes;

Sache que ton aura ici se développe,
De tant de faits glorieux Ithaque se repaît,
Ta terre est ton berceau, c' est ton hâvre de paix,
Où vibrante t' attend la sage Pénélope.

Crane:les chevaux de Neptune.


mercredi 17 novembre 2010

là tout n' est qu' ordre et beauté


michel ange séparation des eaux et de la terre



Ascension


Nous ne finirons pas sculptés dans la poussière,
Golems de Pompeï, pétrifiés en gisants,
Calcinés par la foudre en un éclair luisant
La main couvrant nos yeux aveuglés de lumière.

Nous ne finirons pas emmurés dans la terre,
Bercés des requiems d' officiants solennels,
Nos stèles constellées de regrets éternels,
Nos orbites scrutant le néant qui attère.

Nous ne finirons pas noyés dans les eaux troubles,
Fanions décolorés d' un esquif naufragé,
Les crabes n' auront pas nos restes outragés,
A l' heure où la tempête de fureur redouble.

Ta tendresse sera le solide radeau,
Où viendra s' amarrer, brisée mon âme fière,
Ta tendresse sera comme une montgolfière,
Que le vent poussera vers les Eldorados.

Là nous n' écouterons que le chant essentiel
Que murmure au couchant le monde apprivoisé,
Au dessus de la mer des étendues boisées,
Sur un sommet si haut, si haut qu' il touche au ciel.

samedi 13 novembre 2010

Coldplay - Trouble

l' émotion des moissons , les moissons d' émotions




 Grand jeu d' un âge étrange,
Courtois et médiéval,
Grapiller dans le val
Le bon grain qu' on engrange;

Enrichie de semailles,
Des champs la mosaïques,
Au son des chants laïcs,
Tissée d' or en ses mailles

Embarque pour Cythère
Un glaneur au bras ferme,
Une fille de ferme,
Amoureux de la terre.

La moisson de l' automne
Est une mort de cygne,
Il faut piller la vigne
Avant que ciel ne tonne.

Au soir faire ripaille,
De vin s' emplir la panse,
Ultime récompense,
Se vautrer dans la paille!

Van gogh: le semeur, le soleil