mardi 2 novembre 2010

Catalane strophe



O Catarinetta bella

La nature amplement prodigua ses largesses,
Sur ton berceau les fées longtemps se sont penchées,
Laissant leur grâce ailée mouvoir ton déhanché,
Gitane qui n' agis pourtant qu' avec sagesse!

Nouvelle Esmeralda éclipsant les Phoebus,
Ton regard lumineux fait rougir bien des astres,
Mais il darde, amusé, dédaigneux des désastres,
L' inextinguible feu d' un mystérieux rébus;

Beau fauve, il n' est pas né, celui qui domptera
Le souple mouvement de tes danses félines,
Qu' il ose à ton balcon sa chanson cristalline,
Sa douce sérénade en vain te tentera;

Il est un seul secret profond comme la tombe
Pour lequel ta main fine enfin pourrait vibrer,
Pour lequel l' aube et l' ombre enfin équilibrées
Pourraient ressusciter la lueur qui succombe,

La lueur de l' espoir.Quel est donc ce secret?
Tu cherches l' alchimie des beautés bicéphales,
Rêves manichéens, pierres philosophales...
Ne le savais- tu pas? C' est en toi qu' ils se créent!

Picasso: femme en costume espagnol


lundi 25 octobre 2010

la version originelle



 "Entre la femme et toi sera l' inimitié."
Qu' allais tu donc quérir au coeur de cette pomme,
Avide du savoir qui seul tenterait l' homme,
Mais vous mériterait des guerres sans pitié?

Sur ton corps façonné par un démiurge esthète,
Des formes ondulantes furent dessinées
En souvenir de l' ombre qui t' a fascinée
Quand ton pire ennemi vers toi dardait sa tête.

Ce serpent ce n' est pas un caducée d' airain,
Ni un mâle attribut,qui du haut mal guérisse,
Il n' est pas de Satan l' horreur qui te hérisse,
Il est dans ton miroir le reflet vipérin.

Blake: Eve tentée par le serpent


dimanche 17 octobre 2010

Nekuia



Volcans incandescents, eaux troubles ,sables d' ocre,
Mortifères cours d' eau, roches dont les cerneaux
Enserrent l' âme élue de leurs bras infernaux,
L' âme haïe du vulgaire, abhorrée du médiocre,

Je vous traverserai.Elle est la clef de voûte
D'édifices secrets des royaumes défunts,
Son corps non corrompu exhale un tel parfum
Qu' il voile les relents de soufre de vos soutes.

Sans tourner son regard vers d' anciens souvenirs,
Son doigt au mien uni comme Adam au démiurge,
Atteignant la surface où l' ascèse nous purge,
Elle fera de nous un ciel en devenir.

Delville: Orphée et la danse des âmes

mardi 5 octobre 2010

l' or voir



Anthony Fredericks sandys

Si les monts liquéfiés sous la fonte des neiges
Quand le soleil aux cimes des sapins s' empale,
Ont perdu sous tes pas leur virginité pâle,
Quand d' humbles cervidés finissent leur manège;

Si la mer érodant le socle des falaises,
Lamine des trous d' eaux aux algues marinées,
Quand ton oeil délavé sur tes joues burinées
S'est noyé dans l'écume acculé au malaise;

Si dans les bois tressés sans trêve tu t' ereintes,
Dans tes habits tissés, tes membres engoncés,
En ce dédale obscur si tu t' es enfoncé
Pour délier de tes peurs l' étrange labyrinthe;

Enfin si au désert où ton Dieu fut tenté,
Le vide t' a parlé de sa chanson muette,
Quand le vent insolent de sarcasmes te fouette
Tu as presque failli à tes jours attenter,

Dis toi qu' un au revoir est la porte béante
Sur de nouveaux ailleurs à peine imaginés,
De nouveaux horizons bientôt vont dessiner
Aux célestes cités des coupoles géantes.





Pour les admirateurs de la poésie classique en quête d' un renouvellement de la beauté du vers à travers des motifs actuels,je suis heureuse de faire partager à mon public restreint mais de qualité un site d' un héritier du Parnasse doublé d' un penseur moderne:http://przyborowski.unblog.fr/2010/10/01/in-memoriam/#comment-57

mercredi 22 septembre 2010

pierres précieuses

Hubert Robert


Que suivent les regards ovales des statues,
Quelle allégresse suave imprègne leur sourire,
Pourquoi les pluies, le temps,les maux qu' elles souffrirent,
Les laissent -ils de marbre, jamais abattues?


Que ce soit les châteaux qu' elles hantent, blafardes,
Qu' elles traînent leur ombre aux ruines délaissées,
Gisants de basilique aux socles affaissés,
Anges des toits d' église où le couchant s' attarde;


Du gouffre à l' infini, ce sont des majestés
Gardiennes des mystères de la grande histoire;
Elles voient du destin la marche aléatoire,
Sans que leurs yeux de larmes ne soient infestés.

mardi 31 août 2010

Hurlevent








Desains: femme asphyxiée



Pousser le premier cri tel qu' au moment de naître;
Exhaler son malêtre comme un vieux démon
Chassé par le plein air entré à plein poumon,
Du courant frais versé à l' oeil de la fenêtre;

Revivre comme on meurt d' élans désespérés,
Laisser d' anciens cocons l' inutile défroque,
D' ombilicaux cordons où l' avenir suffoque
Trancher l' anneau flétri, de nécrose opéré.

Mon âme, sors d' ici, quitte ce corps malade,
File dans les éthers des vents décolorés,
Des mélodies du temps entends la logorrhée,
A l' oreille absolue va donner l' accolade.

Approche le sublime aux faisceaux irisés,
Quand s' endort le soleil baigné dans son sang d'or;
Quand l' ombre dessine à l' église un nombre d' or,
Le beau presque palpable aux murs vient se briser.

Alors toi la maudite hurlant qu' on en finisse,
Eructant tes giclées de lumière et de son,
Tombe aux genoux de Dieu, touché par ta chanson,
Afin qu' infiniment son Verbe te bénisse.

dimanche 22 août 2010

Le teste amant

Léon Coignet: scène du massacre des innocents.



Tant de contradictions de tous ces faux oracles,
Pourtant je t'attendais, brisée, à bout de forces,
Fragile urne de sève vibrant sous l' écorce,
Je tenais le Saint-Chreme en mon fier tabernacle.

Mais cette onction fragile coulait goutte à goutte,
Comme le cerveau d' or qu' un ongle avide râcle,
Pour te garder en vie, il fallait un miracle,
Les mages se sont tus car le sang les dégoûte.

Tu t' es vidé de vie comme peau de chagrin,
Vieux bureau que plus un seul dossier ne dérange
Moi le pauvre silo où plus rien ne s' engrange
Je vais crier famine quand se meurt le grain.

Passez votre chemin quand la souffrance lance,
J' avais ce petit corps en offrande brandie,
Aumône inespérée que les mères mendient,
Alors rendez le moi sinon faites silence.